Douvan jou ka levé (Le jour se lèvera)

Douvan jou ka levé (Le jour se lèvera)
Comment surmonter cette stagnation à tous niveaux dans la société haïtienne ? Quelle est cette « maladie de l’âme » qui ronge mon peuple ?

« Douvan jou ka leve », un documentaire signé Gessica Généus.

« Douvan jou ka leve », ou « Le jour se lèvera » en français, est le premier long-métrage documentaire réalisé par l’actrice, auteure et désormais chanteuse. Au début, l’idée était de faire un portrait de Manzè, mais cela a très vite tourné sur un scénario, une histoire beaucoup plus personnelle. La réalisatrice est partie prenante de ce film qui expose aussi l’histoire de sa mère qui souffre de paranoïa. « C’est aussi un acte d’amour envers ma mère », a-t-elle même confié, dans la mesure où elle a voulu comprendre les problèmes mentaux de sa mère, mais aussi d’une tante et d’un oncle.

Tout au long de ces 54 minutes, l’histoire nous plonge au coeur même de notre culture, du syncrétisme religieux, de notre rapport avec la religion, avec le catholicisme, le protestantisme, mais surtout avec le vaudou, culte de nos ancêtres venus d’Afrique. Elle nous jette à la face nos croyances, nos conflits, nos superstitions, notre conception des maladies mentales ici en Haïti. Aujourd’hui encore, nous considérons une personne handicapée mentale comme une personne frappée d’une malédiction, d’un sort qu’il faut conjurer ou expier. Et il faut de préférence en avoir honte, au lieu de lui accorder des soins et une attention adaptés à son cas. La séquence tournée au centre psychiatrique est évocatrice, poignante. On y voit le traitement inhumain, indigne qui est accordé à ces personnes.

Cependant, le recours au religieux pour expliquer les maladies mentales n’est pas inhérent à Haïti ou aux pays sous-développés. C’est un fait universel mais qui prend une importance démesurée chez nous. « Les gens associent souvent les maladies mentales à quelque chose de spirituel, de maléfique, ceci, pas seulement en Haïti », admet Gessica Généus, lors de la causerie qui s’est tenue après le débat. « Pour beaucoup, la spiritualité est un échappatoire, un moyen de comprendre ce qu’ils vivent dans la réalité. (…) Cependant dans un pays comme le nôtre où la religion vient avant l’Etat, cela prend une dimension beaucoup plus exagérée, plus disproportionnée et quelques fois même incontrôlable et dans beaucoup de cas, qui mène à la mort », a dit la réalisatrice, émue, qui a consenti beaucoup d’efforts et qui a fait preuve de courage pour faire un tel film.

Ce n’était pas un film pour trouver des réponses. On n’en a donc pas trouvé. Au contraire, on repart avec tout plein de questions. Est-ce que le vaudou ou les loas ont réellement le pouvoir de nous rendre fous ? Pourquoi les gens se confient aux prêtres religieux au lieu de se tourner vers des professionnels qualifiés pour des troubles mentaux ? Faut-il croire à des esprits surnaturels ? Cependant, « Douvan jou ka leve » a au moins la vertu de nous faire penser à cette frange de la société que l’on a souvent négligée. Il peut contribuer à nous faire aborder les questions de santé mentale avec plus de rationalité de telle sorte que nous y trouvions des solutions adaptées.

Article paru dans Le Nouveliste

Winnie H. Gabriel Duvil


Que veut dire « être Haïtien » aujourd’hui ?

Comment surmonter cette stagnation à tous niveaux dans la société haïtienne ? Quelle est cette « maladie de l’âme » qui ronge mon peuple ?

Je suis née dans un quartier pauvre. Aujourd’hui, j’ai 31 ans, je suis comédienne et réalisatrice. En m’appuyant sur mon cheminement personnel, marqué par la maladie mentale de ma mère – maladie qui selon elle est une malédiction du monde invisible – et ma propre quête d’identité, je veux proposer un nouveau regard sur mon île natale et ses habitants.

Douvan jou ka lévé, le jour se lèvera est un documentaire de création réalisé par Gessica Geneus et produit par Sanosi Production et Ayizan Production. Ce projet à bénéficié d’un accompagnement à travers les résidences d’écriture Doc Amazonie-Caraïbe et les rencontres Tënk de co-production.

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